Fantômes

Judith Reigl - Ils ont soif insatiable de l'infini.
Comme j’aime les fantômes
La cage de ma poitrine
en retient plus d’un
Je suis incapable de les bannir
Hier nous écrivions entre de vieilles pierres
et j’ai senti venir ceux des greniers
Parfois d’illustres s’invitent
Ils laissent leurs peines
et s’évadent lacrymaux
*
Si tu ne comprends que toi
si tu ignores les liens
postules et donnes en leçon
les illusions
si tu fais parler l’adulé à ton sens
et tentes une réalité brouillée
tu ne peux vivre tes fantômes
L’arbre mange la roche de ta caverne
et toi tu vis seul
*
J’ai vu trois fois la femme héron s’élever
et la pluie s’est abattue sur nous
Tu ne peux la sentir
mon fantôme
Mais tes paroles furent parapluie
L’eau est partie au ruisseau
et la sorcière
à son nid perché
emportée
*
Je n’attends pas de fantômes avant le craquant des heures sombres. Et encore, Le bruit du foyer les étouffe.
Ils glissent sauvagine, en coulées derrière les meubles, de livre à livre et flottent au gré des notes.
L’ambre des pâtes de verre, le grésillement des microsillons les ont longtemps couverts.
Pourtant au défaut du mot, dans l’espace entre deux lueurs, ils vocalisent.
Je les absorbe ainsi, contrit.
*
Endormi sur mon livre
vague histoire de vouivre morphée en fantôme
Il franchit murs et barrières d’ombre
frappe au rêve
Nous n’avons plus peur des illusions
des monstres sous les lits
alors il se fait
cauchemar
*
Je voulais vivre
les chansons les ourlets les espaces
Tendre nos filets à poésie
Dessiner
Etre un chêne
où rêver les prières
Danser aux pas de l’ours
Que tu m’emmènes
C’est moi
je me suis pincé trop fort
je t’ai fait fantôme
*
Poitrine tatouée
Pierre © Maria
Les côtes en touches et en boutons
Son souffle enlumine les chaînes
des quais salés
des bois flottés
Enfant de Cayenne reste chez moi